Le thème est récurrent : l'expatriation attire de nombreuses personnes en quête d'une carrière internationale. Une étude de StepStone montre que 22% des français seraient en effet près à franchir les frontières. Selon les derniers chiffres de l'expatriation, le nombre de français enregistrés volontairement dans les consulats au 31 décembre 2005 s'élève à 1 268 524. Ils pourraient être en fait plus de 2,2 millions et sont de plus en plus nombreux. Jobmanager vous propose un tour d'horizon de cette grande aventure.
Panorama de l'expatriation
Les expatriés français
Les personnes qui choisissent de s'expatrier le font pour diverses raisons : meilleur niveau de vie, découverte d'une nouvelle culture, stratégie de carrière, enrichissement personnel, goût du challenge, apprentissage ou le perfectionnement d'une langue étrangère, intérêt de la mission ou du poste proposé?
Les expatriés ne sont pas forcément salariés d'une entreprise française. Ils ne sont en effet que 26% dans ce cas de figure. 19% exercent une activité indépendante et 48% d'entre eux ont un contrat local. La durée d'expatriation varie en fonction du statut. Si les indépendants restent le plus souvent plus de 5 ans, les expatriés salariés ou détachés ont des missions qui durent de 3 à 5 ans.

Quant à l'âge, les tranches les plus représentées sont les 41 à 59 ans (30%) et les 25 à 30 ans (23%). Les hommes sont plus enclins à franchir la frontière (66%) par rapport aux femmes (34%).
Les principales difficultés rencontrées par les expatriés sont surtout liées à la langue et au coût de la vie. Mais leurs amis sont principalement des locaux et ils perçoivent l'accueil qui leur est réservé comme satisfaisant dans la grande majorité des cas.
Les expatriés de l'UE
L'Union Européenne a mit en place la libre circulation des travailleurs. Elle est inscrite à l'article 39 du traité CE et implique plusieurs droits : la recherche d'un emploi dans un autre État membre, la possibilité de travailler dans un autre État membre et d'y résider, le même accès à l'emploi, les mêmes conditions de travail et avantages pouvant contribuer à faciliter l'intégration dans le pays d'accueil.
Une étude demandée par la commission européenne en 2006, donne un aperçu de la mobilité des travailleurs dans l'UE. Si plus de 60% des irlandais, suédois, slovaques et danois considèrent que l'expatriation est une véritable opportunité, 70% des européens n'ont pas l'intention de partir dans un futur proche.
Les principales difficultés rencontrées par les résidents de l'Union Européenne sont la barrière de la langue (pour 50% d'entre eux), l'adaptation à une autre culture (20%), l'accès aux prestations sociales (15%) et la reconnaissance des diplômes et compétences (10%)
Des disparités apparaissent entre les pays sur l'impact de la mobilité sur les personnes. En effet, en Suède et au Danemark, plus de 70% des interrogés pensent qu'elle est bénéfique. Au contraire, en Belgique, Allemagne, Estonie et Grèce, la mobilité est plutôt considérée comme une menace.
Organiser son expatriation
Définir son projet
Vous avez décidé de partir ? Il vous faudra tout d'abord établir votre projet international afin de trouver un emploi dans votre pays de destination. Comme toute recherche d'emploi, cela commence par définir précisément ses motivations et son projet.
Pourquoi souhaitez-vous partir ? Quelles sont vos attentes ? Quelle fonction visez-vous ? Où souhaitez-vous partir et combien de temps ? Autant de questions à se poser avant même de rencontrer les recruteurs qui vous les demanderont.
S'expatrier n'est pas anodin. Il est nécessaire de ne pas brûler les étapes et de mûrir ce projet. Mettre par écrit toutes ces réponses peut vous permettre de les reprendre ensuite et de prendre du recul.
Préparer sa recherche d'emploi
Vous aurez à préparer CV, lettres de motivations et entretiens dans la langue du pays où vous souhaitez travailler. Renseignez-vous pour savoir quels sont les us et coutumes dans ce domaine. Quand on ne demande qu'une page de CV en France, il faut un dossier complet en Allemagne. Les sites emplois du pays ont sans doute une rubrique conseil que vous pouvez parcourir. Le site du ministère des affaires étrangères donne aussi des conseils en la matière, en particulier pour les CV anglo-saxons.
Les principales qualités recherchées par les recruteurs pour un expatrié sont l'adaptabilité, la capacité à s'intégrer, l'ouverture d'esprit. Par ailleurs, la maîtrise d'une langue étrangère (a fortiori la langue du pays) peut revêtir un aspect important, aussi bien pour l'emploi que pour la vie quotidienne.
- se faire recruter par une entreprise locale
- partir en VIE (Volontariat International à l'Etranger)
- bénéficier d'un contrat d'expatriation ou d'un détachement
- créer son entreprise en indépendant
Pensez également à l'équivalence des diplômes. En effet, pour exercer certains métiers, un diplôme obtenu en France ne sera peut-être pas valide. En Europe, l'ENIC-NARIC peut vous informer dans ce domaine. Vous devrez aussi vous rapprocher du consulat du pays pour connaître les conditions pour obtenir un permis de travail.
Depuis décembre 2004, il est possible de créer un Europass qui permet de rendre vos compétences et qualifications visibles dans toute l'Europe (Union européenne, AELE/EEE et pays candidats) et de favoriser votre mobilité en Europe. Il est composé de 5 documents dont un CV et un passeport de langues.
Votre recherche d'emploi à l'étranger doit également passer par une étude du marché. De nombreux sites Internet proposent de l'information, à commencer par les sites de l'OCDE et d'Eurostat. Il existe également le réseau des chambres de commerce et de l'industrie françaises à l'étranger. Vous y trouverez des articles, dossiers et fiches sur les marchés par secteurs et pays.
Le portail européen sur la mobilité de l'emploi Eures et les nombreux sites emplois étrangers peuvent être une piste pour trouver un emploi. Pensez aussi à votre réseau et, si vous êtes dans une entreprise présente à l'internationale, à vous renseigner sur les possibilités de mobilité à l'étranger.
- www.expatries.org
- www.expatriation.com/
- www.mondissimo.com/
- www.emploi-international.org/
- www.diplomatie.gouv.fr/fr/
Le départ et la vie d'expatrié
En plus de trouver un emploi, vous devrez trouver un logement, obtenir une couverture sociale, connaître votre statut fiscal, vous intégrer?
De nombreuses étapes auxquelles il faut penser avant même de partir. Le site France Diplomatie du ministère des affaires étrangères et européennes comporte une rubrique « Les français et l'étranger » qui permet de faire un point sur tous les droits et démarches des expatriés. Une rubrique est consacrée à la recherche du travail à l'étranger.
Le site de la maison des français à l'étranger propose également des guides pratiques sur l'expatriation. Vous pourrez également consulter des fiches thématiques et vous abonner au dossier du pays où vous souhaitez aller.
Bien gérer son retour
La maison des français à l'étranger publie gratuitement un guide de 120 pages pour bien penser à tout lors du retour en France. En dehors de ces considérations matérielles, il faut également penser au retour en entreprise. Vous avez pu bénéficier d'un contrat stipulant le retour à un poste à pourvoir mais un bilan de compétences peut s'avérer utile pour mieux cerner votre fonction en tant que rapatrié.
Pour ceux qui rentrent sans avoir de travail, il faudra s'inscrire à l'ANPE ou l'APEC pour bénéficier de vos droits. L'Association pour la formation professionnelle franchise à I'étranger propose également un séminaire de 5 jours intitulé « Partenariat exports ». Il est gratuit et permet de faire le point sur ses compétences et ses objectifs professionnels.
Interviews :
Thomas, expatrié à Pragues
Pouvez-vous vous présenter brièvement ?
Thomas, français avec des origines tchèques, j'ai 29 ans et ai déjà vécu à l'étranger, en Angleterre (4 ans) et au Québec (2 ans) plus précisément. Je vis actuellement à Prague ou je gère une petite entreprise, Exapro entre la France et la République Tchèque.
Depuis quand êtes-vous expatrié ?
En janvier 2005, j'ai déménagé de Paris pour m'installer à Prague.
Racontez-nous comment cela s'est déroulé
En 2003, j'ai intégré une PME parisienne qui avait besoin d'un gérant pour relancer l'affaire. L'entrepreneuriat étant particulièrement difficile sur la région parisienne où les loyers sont coûteux, nous avons donc pensé à déplacer le gros des forces commerciales de l'entreprise vers une destination où la vie serait moins chère. Exapro, l'entreprise en question, travaillant principalement sur Internet, il ne m'était pas nécessaire de rester sur le territoire français et une opportunité de VIE (Volontariat International à l'Etranger) nous a poussé à opter pour une position centrale en Europe : la République Tchèque. J'ai été particulièrement motivé par cette destination à cause de mes origines tchèques. J'avais visité de la famille à Prague, avait fait plusieurs séjours avec des amis par le passé mais ne maîtrisait alors que quelques mots. L'idée de m'y installer s'est donc concrétisée 5 mois plus tard avec mon départ et installation dans le centre ville. Je travaillais tout d'abord depuis l'appartement nouvellement loué mais y ouvrais quelques mois plus tard la filiale, ouvrais les bureaux et recrutais d'autres francophones.
Comment se passe l'intégration ?
Ayant vécu plusieurs chocs culturels, je savais à quoi m'attendre. Au début, tout est nouveau, sympa et on se sent plus comme un touriste qu'un expatrié. Puis rapidement viennent les premières difficultés : administration, différences culturelles, problème de compréhension qui font regretter la relative facilité que l'on a à évoluer en France. Je pense toutefois que mon intégration s'est bien déroulée. Je me suis rapidement mis au tchèque et la rareté des étrangers faisant cet effort m'a ouvert de nombreuses portes. Je me suis aussi inscrit dans un club de Jujitsu local avec aucun autre étranger ce qui m'a permis de me faire des amis locaux. Je pense qu'il faut en général s'accrocher car se reconstituer un tissu social à l'étranger à 29 ans n'est pas aussi facile que lorsqu'on est étudiant. Je rencontre beaucoup d'expatriés mais rarement des français. Bien évidemment, je ne rate pas les réceptions du 14 juillet à l'ambassade mais je crois que les expatriés français en République Tchèque sont soit ici pour une longue durée et se fondent dans la masse tchèque, soit des expatriés courte durée qui restent en groupe et repartent avec une idée un peu faussée de la vie pragoise.
Quels sont, pour vous, les principaux avantages et nconvénients de l'expatriation ?
Le principal avantage de l'expatriation est définitivement la découverte d'une autre culture, d'un environnement inconnu qui permet d'éviter l'ennui ou le manque de perspectives. Il est aussi agréable de vivre à un rythme plus élevé qu'en France où l'ambiance générale est plutôt pessimiste. En contrepartie, il faut aussi constamment se battre, accepter de se sentir un peu à l'écart ou même de traverser des moments de solitude. Apprendre la langue me parait toutefois vital pour réussir son expatriation. Cela ouvre des portes et pallie ce phénomène d'exclusion. Finalement, j'aurai tendance à croire que malgré les années, on reste pour l'administration un hors-norme posant problème. Je loue toutefois l'Europe qui vient aujourd'hui faciliter les démarches.
Visitez le blog de Thomas : http://prahoo.over-blog.com/
Tamara Lemaire, expatriée en Espagne
Bonjour Tamara, pouvez-vous vous présenter brièvement ?
J'ai 23 ans, battante et dynamique, je cherche à me réaliser professionnellement pour rayonner au niveau personnel. Après des études de Relations Publiques avec comme objectif la communication entre les Hommes et les Cultures, j'ai mis le Cap sur Madrid. Certes, l'envol ne s'est fait qu'après avoir suivi la bonne piste de mes motivations et les possibilités de réalisation. Le décollage effectué, il y a forcément eu quelques perturbations en plein vol. Ça secoue mais optimiste et confiante, je suis toujours allée de l'avant. Aujourd'hui je suis arrivée à bon port et ça aurait été bien dommage de baisser les bras !
Comment avez-vous choisi l'Espagne ?
Par amour du pays, de sa culture, de la langue ! Il y a une attirance du mode de vie mais aussi des possibilités de carrière. L'Espagne reste un pays frontalier en pleine croissance, prometteur pour les années à venir alors pourquoi pas essayer ?
Cela dit, j'ai conscience que mon semestre Erasmus n'est pas étranger à mon nouveau départ. Non seulement ça a nourrit mes envies de voyages et découvertes mais ça m'a surtout fait prendre conscience qu'avec de la volonté et du courage je pouvais arriver à m'installer que ce soit dans ce pays où un autre.
Il faut vivre ses rêves et pas seulement rêver sa vie!
Comment se passe l'intégration sur place ?
Ce n'est pas un secret, les espagnols sont ouverts d'esprit et leur vie sociale est riche et diversifiée. Après c'est comme partout, il faut avoir envie de s'intégrer et d'aller vers les autres.
Concernant mes compatriotes, j'avoue ne pas avoir spécialement cherché à les rencontrer. Pour tout dire, je les ai même évité au début, afin d'éviter de créer un noyau français et de m'y attacher par facilité. J'ai préféré m'intégrer d'abord auprès des madrilènes et ensuite retrouver les miens ce qui est fait a l'heure actuelle.
Que retirez-vous de cette expérience ?
Persévérer et agir pour son propre bonheur !
Cette expérience est des plus enrichissante autant au niveau personnel que professionnel car j'ai appris à aller de l'avant malgré les doutes, les peurs que certains choix imposent. J'ai donc gagné le facteur "confiance" en moi, en l'avenir en gardant à mes côtés les compagnons de route "Volonté", "Motivation" et "Action".
Souhaitez-vous rentrer ? Pour quelles raisons ?
Pour le moment, je n'ai aucune raison de rentrer: J'ai trouvé un équilibre de vie, des possibilités de carrière et d'évolution personnelle. Je souhaite encore cheminer sur cette voie et suivre le bon vent qui me guide.


