Lors du process de recrutement, les employeurs peuvent être amenés à investiguer sur les candidats via les moteurs de recherche. Ce phénomène, très à la mode aux Etats-Unis, est en passe de s'étendre en France. Les profils les plus concernés par le « name googling » sont les postes de haut niveau mais bientôt, tous seront passés au crible. Derrière ce terme se cache simplement la recherche du nom du candidat sur Google ou dans un autre moteur pour voir ce qu'il peut en ressortir. Si la personne 'google-isée' n'est pas active sur Internet, cela n'aura pas de conséquence. En revanche, si le candidat possède un blog ou participe à des forums ou des communautés, l'employeur potentiel peut tomber sur des mauvaises surprises (propos agressifs, diffamants?)
Par où commencer ?
Pour une personne qui n'a pas encore créé son identité virtuelle, les choix sont multiples : blog, site personnel, forums, réseaux socio-professionnels? Autant de possibilités offertes pour se forger une web-réputation et exposer ses points de vue aux internautes. La construction de son « moi » numérique doit cependant se faire avec prudence et rigueur. Une fois les premiers billets d'un blog ou d'un forum publiés, le nom du rédacteur sera associé à ces idées et pourront être reprises, commentées voire même déformées. Il est donc essentiel de bien réfléchir à ses propos avant d'en valider la publication.
Lors de la recherche d'emploi, l'identité numérique peut être détectée via les moteurs de recherche par un recruteur. Les résultats de ces recherches doivent être pertinents et correspondre à l'image de soi que l'on veut faire passer.
La création d'un blog « emploi » peut être une bonne source d'information à donner aux recruteurs. Ce blog, loin de ne regrouper qu'un CV et une lettre de motivation, permet de disserter sur ses propres points de vue. Les sujets en rapport avec le monde du travail ou la recherche d'emploi sont à privilégier. Ils doivent être étayés, garantir la véracité des propos et la qualité des sources. Autant de critères sur lesquels les recruteurs potentiels pourront évaluer de futurs candidats.
L'inscription sur des sites de réseaux socio-professionnels est une autre piste pour construire sa web-réputation. Xing, 6nergies, Viadeo, autant de réseaux qui permettent d'établir des liens professionnels et de les maintenir. Certains de ces sites proposent même des hubs. Ces espaces de communication et de débat entre les membres d'une communauté augmentent la capacité à se faire connaître sur des sujets en lien direct avec le domaine d'activité recherché. C'est en participant ou créant des hubs que l'on peut améliorer sa visibilité et sa crédibilité sur ses sujets de prédilection. Il en est de même pour les forums. Là encore, c'est sur la pertinence et le sérieux des interventions que des candidats peuvent se faire remarquer.
Entretenir son identité virtuelle
Il ne suffit pas de créer du contenu pertinent et intéressant, il faut ensuite entretenir sa réputation. Un blog doit être suivi régulièrement. L'idéal est d'écrire un billet par semaine, au moins un par mois. Au-delà de cette régularité, il faut suivre les commentaires et ce qui est dit ailleurs, en relation avec les sujets abordés. Sur Internet, l'information circule vite et peut être déformée. Lorsque l'on édite un blog et que l'on se crée une réputation sur le web, il faut surveiller les réactions des autres internautes.
Un site comme Technorati peut se révéler utile dans cette démarche. Par un système de recherche par mots-clés, ce site propose de scruter les blogs inscrits et de trouver ce qui est écrit en rapport avec ceux-ci, mesurant alors la notoriété d'un bloggeur. Il suffit d'y inscrire son nom et son prénom pour déceler de l'information sur soi. La déformation des propos et les commentaires n'empêchent pas d'utiliser son droit de réponse. Ceci permet de consolider son point de vue ou de montrer son ouverture d'esprit, selon les cas.
Un autre moyen de mieux maîtriser son information est d'utiliser des sites comme Ziki, qui permettent de se promouvoir. Le site propose de regrouper toutes ses informations personnelles et/ou professionnelles, quelles que soient les sources (blog, album photo en ligne, profil des sites de réseaux?). Ziki offre aussi un service de référencement de son nom dans les principaux moteurs de recherche, augmentant sa propre visibilité sur le web.
Si malgré tout il apparaît des pages peu flatteuses sur les moteurs de recherches, il faut faire un peu de ménage. Les équipes de modérations des forums peuvent effacer des discussions aisément par exemple. Il est aussi possible d'utiliser un pseudonyme plutôt que son vrai nom. Là où l'exercice devient plus difficile, c'est lorsque les écrits à faire disparaître ne proviennent pas de soi-même. Le seul moyen d'effacer ces traces est alors de contacter les moteurs de recherche pour faire dé-référencer les pages concernées en utilisant la loi Informatique et Libertés de 1978. Mais attention, cela ne peut fonctionner que si les propos sont sensibles (diffamation, religion, racisme?)
Jacques Froissant, fondateur d'Altaïde, a récemment évoqué le sujet dans La tribune : « Du coté des candidats, un des enjeux majeurs, est de maîtriser son image sur le web. Les recruteurs (entreprises, cabinets de recrutement, chasseurs) utilisent de plus en plus le web (on "googleise" un candidat !) pour trouver des informations sur un candidat potentiel. La recherche sur le web devient de plus en plus systématique sur tous les profils retenus. Des informations contradictoires (par exemple vieux CV laissant apparaître des divergences de date avec le nouveau dans les mains du recruteur) vont nécessairement susciter des questions embarrassantes.
Ayez pour principe de prendre les devants : si vous diffusez l'information vous même c'est vous qui la maîtrisez. Dotez-vous d'une vitrine : créez votre propre blog qui vous permettra de vous présenter et de vous différencier par des notes personnelles et des réflexions sur votre métier et/ou secteur d'activité.
Utiliser les outils de réseaux sociaux : Remplissez votre fiche de présentation de manière complète et en phase avec votre CV. Soyez cohérent : partez toujours de la même base pour créer votre profil sur différents sites et exprimez vous avec la même ligne directrice.
Enfin vérifiez régulièrement les résultats d'une recherche sur votre nom. »
Nous l'avons également interrogé sur le sujet :
Jobmanager : Quels conseils donneriez-vous aux candidats pour bien rédiger leur blog emploi ?
Jacques Froissant : L'idée générale est que des traces sont laissées sur des sites de précédentes entreprises, de conférences, alors qu'une personne a déjà changé de société. On peut aussi laisser des commentaires sur des blogs. Dans certains cas, cela peut être gênant et on ne sera pas toujours satisfait des résultats affichés lors d'une recherche.
Le meilleur moyen est donc de gérer soi-même son image en étant présent dans les réseaux sociaux et/ou en ayant un blog à son nom. Cela permet de se mettre en avant, à l'image de Julien Hermetet qui tient un blog sur le marketing sportif. Pour bien gérer son identité numérique, mieux vaut mettre le blog à son nom. En cas d'homonymie, il faut soit être le premier, soit arriver à associer le titre ou le thème de son blog à son nom.
Au niveau du contenu, il faut raisonner en terme de blog de sa « carrière ». Intégrer son CV est bien mais il ne faut pas mettre que cela. Cette pratique est courante mais présente peu d'intérêt : un recruteur qui consulte le CV puis le blog d'un candidat souhaite y lire autre chose. Ceux qui tiennent un blog emploi de manière sérieuse en tirent des bénéfices.
Quant aux CV qui sortent de l'ordinaire, ils sont bien mais on ne peut pas en faire une règle. Ils sont souvent l'?uvre de créatifs. En revanche, un cadre supérieur qui tient un blog sur son métier avec un leadership d'opinion ou d'information peut se faire reconnaître dans son métier.
Comment bien choisir son réseau et bien l'exploiter ?
Il existe divers niveaux de réseaux, spécialisés ou non. Deux ou trois sites se sont imposés :
- Linkedin, indispensable pour développer une visibilité à l'international
- Viadeo, qui est très bien implanté en France et qui se développe à l'international en ce moment
- Xing.
Il faut en choisir un ou deux, selon le temps que l'on peut y consacrer.
Il est important de faire vivre son réseau : inciter les gens que l'on connaît à s'inscrire et relayer les demandes. Cela permet d'augmenter le nombre de ses contacts et ses partenariats. C'est un outil quasiment indispensable pour moi et les profils que nous y trouvons sont plus qualitatifs que ceux des CVthèques.
Une bonne utilisation de Viadeo passe par l'invitation de personnes que l'on connaît peu. C'est ainsi que l'on a les meilleures opportunités car on ne connaît pas leur savoir-faire, ni leurs connexions et inversement.
En revanche, la partie des hubs est moins vivante, même si elle permet de s'identifier un peu plus. Il faut avoir du temps pour en animer un. Mieux vaut s'inscrire à ceux qui sont déjà présents sur le site.
On parle beaucoup du recrutement dans Second Life en ce moment, quel regard portez-vous sur ce sujet ?
Pour moi c'est surtout un bon coup de communication mais je doute de l'efficacité de Second Life pour recruter. L'interface n'est pas très fluide et il n'est pas évident d'y naviguer au départ. Certes, la visibilité d'une telle opération est plus efficace que certaines campagnes de publicité. Mais je pense que les remontées de CV seront moins importantes que via des sites corporate. Il faut voir ce que cela donnera dans le temps.
Pour le grand public, il est plus efficace de passer du temps sur son blog et son réseau que d'aller sur Second Life. Twitter peut aussi être un bon outil pour diffuser de l'information, à condition de suivre et d'être suivi par une communauté.
Si le sujet vous intéresse et que vous souhaitez y participer, envoyez-nous votre contribution à contact@jobmanager.fr

