« Déposez votre CV ! » : la plupart des sites emploi proposent aujourd'hui cette prestation dans laquelle ce sont les recruteurs qui viennent vous proposer des postes adaptés à votre profil. Cette méthode est-elle efficace ? Quels sont les recruteurs qui l'utilisent ? Et pour quel type de profil ? Ce sont les questions qui nous ont conduit, du 16 janvier au 3 février 2006, à tester comme simples candidats les principales Cvthèques du marché. Une synthèse des résultats a été publiée par le Magazine Capital dans son numéro de mars 2006 dans son article « Trouver un job ou en changer ».
Profils :
Nous avons créé 6 candidats :
Un informaticien :
Yves C : 34 ans, expert architecte Java J2EE dans le secteur bancaire.
Un commercial :
Pierre R : 28 ans, chef des ventes dans les secteurs bureautique et télécommunications.
Une marqueteuse :
Claire C : 27 ans, chef de produit senior en produits agroalimentaires grande distribution.
Un financier :
Renaud D : 30 ans, analyste « risques » dans une banque commerciale régionale.
Une auditrice :
Céline H : 30 ans, contrôleuse de gestion dans un grand cabinet d'audit.
Un technico-commercial :
Slimane K : 29 ans, attaché technico-commercial dans le secteur bâtiment / second ?uvre.
Méthodologie :
Les Cv de ces 6 candidats ont été mis en ligne les 16 et 17 janvier 2006 en utilisant les fonctions « déposez votre CV ». Ces profils ont été déposés sur les sites leader en France : Monster, Cadremploi, Keljob et l'Apec. Par ailleurs, nous avons posté les CV sur des sites spécialisés (les Jeudis pour l'informaticien, MarketVente pour le commercial, EFinancialCareers pour l'analyste et la contrôleuse) et sur des sites régionaux : PACAJob pour notre contrôleuse de gestion et RhôneAlpesJob pour l'analyste financier.
A chaque fois que les sites le proposaient, nous avons également abonné nos candidats aux alertes « pushmail » pour recevoir des offres ciblées directement dans notre boîte aux lettres.
Le test s'est arrêté 3 février au soir. La notation produite par l'article dans Capital est basé à la fois sur le nombre de contacts spontanés enregistrés et sur les qualités d'adéquation des alertes « pushmail » reçus dans nos boites.
Contacts directs générés par les CVthèques :
Ingénieur Informatique : 92 contacts en 20 jours dont 50 contacts dans les premières 48h00 ! Sur ce type de profil, on voit qu'une véritable chasse aux talents s'organise avec une forte prime à la rapidité. 80 % des offres proviennent de SSII : les plus grandes bien sûr mais aussi de plus petites structures. Le solde provient essentiellement de cabinet de recrutement spécialisé dans les profils Informatiques.
Technico-commercial : 12 contacts assez bien repartis dans le temps au rythme d'un tous les 2 à 3 jours. Si la concurrence entre recruteurs s'avère moins vive que sur le marché informatique, cela témoigne d'une réelle pénurie de profils et de besoins récurrents. Provenant de cabinets de recrutement et d'agences d'Intérim, ces contacts proposaient la plupart du temps des emplois pour de grosses PMI.
Commercial Telecom : 3 contacts en provenance de sociétés de conseil ou de SSII. Il est intéressant de voir que si l'achat de CVThèques par les SSII est dicté en priorité par des besoins informatiques, celles-ci généralisent la pratique sur leurs autres recrutements. Les contacts ont eu lieu assez rapidement dans la semaine qui a suivi la mise en ligne du CV.
Analyste Financier : 2 contacts sur ce profil. Le candidat avec une formation « Centrale Lyon » et un parcours dans une grande banque n'a pas séduit. L'étroitesse du marché du recrutement sur ce type de profil très qualifié ne justifie probablement pas l'utilisation de CVThèques et orientent les recruteurs vers des canaux plus classiques : annonces et cooptation.
Chef de produit : 1 contact seulement. Il n'y a pas de réelle difficulté de recrutement sur les profils marketing/communication où le nombre de bons candidats est supérieur aux besoins. Dans ce contexte, la publication d'annonces est probablement le canal privilégié du recrutement.
Contrôleur de gestion : aucun contact pour un métier dont l'on dit que les bons profils manquent. Le marché est pourtant moins étroit que l'analyste financier. A noter que nous n'avons pas obtenu de meilleur succès avec un site spécialisé comme E-Financialcareer.
Offres envoyées par les alertes « pushmail »
Il est bien évident que l'adéquation des offres reçues avec son propre profil dépendra en grande partie de la faculté du candidat à utiliser au mieux l'outil de sélection des offres et en particuliers à jongler avec les opérateurs booléens du moteur de mots clés : par exemple la requête « Commercial aéronautique » peut exiger soit la présence de l'un ou l'autre mot, soit la présence des deux dans l'offre soit l'expression exacte, ce qui ne donne absolument pas les mêmes résultats. Certains sites proposent un choix à la fois sur le secteur d'activité et sur la fonction recherchée, un autre proposera des choix en terme de métier.
Au niveau des résultats constatés des différents profils, les retours sont relativement similaires : de manière générale et en sélectivité moyenne, Monster et Keljob envoient un plus grand nombre d'annonces, avec pour avantage de ne pas « passer à côté » d'une offre intéressante mais nécessitant un tri ultérieur, tandis que Cadremploi et l'Apec ciblent davantage leurs envois, mais avec nécessairement moins d'offres.
L'utilisation du critère « salaire » proposé par Cadremploi semble particulièrement efficace, en permettant de cibler, pour un métier donné, un niveau de qualification, d'expérience ou de responsabilités.
Reste que nous avons observé une grande complémentarité des annonces envoyées : Monster et Keljob envoient en particulier des offres « grands comptes », tandis que l'Apec et les sites spécialisés (Les Jeudis, PME-BTP) relaient davantage d'offres PME-PMI et que Cadremploi publie un nombre significatif d'annonces passant par des cabinets de recrutement. L'inscription à plusieurs de ces alertes constitue donc une bonne stratégie de recherche : chacun de nos candidats a pu au final recevoir entre 10 et 40 offres réellement pertinentes en 20 jours.
En conclusion?
Nous avons comparé des choses assez différentes : Monster revendique aujourd'hui 1 800 000 Cv contre 830 000 à Cadremploi. Les autres sites sont en dessous de 200 000 CV. Les recruteurs choisissent en général les Cvthèques les plus fournies, d'autant que Monster n'a pas lésiné sur les efforts de promotion et de commercialisation de sa Cvthèque.
A la lumière de ce test, on s'aperçoit que le dépôt de CV ne fonctionne bien que si votre profil correspond à un métier en pénurie : certaines compétences en informatiques sont aujourd'hui recherchées à toute heure jusqu'au fin fond du net. Ceci est vrai pour l'informatique mais aussi pour les postes technico-commerciaux, le bâtiment, L'ingénierie, les bureaux d'étude...
Les commerciaux, comme les profils plus transversaux (gestion, RH, communication, marketing) seront moins spontanément approchés par ce canal de recrutement. Cela ne signifie pas qu'il n'y a pas d'emploi, mais que cette méthode de recherche n'est pas suffisante et que l'on ne peut faire l'économie d'une approche plus active en répondant aux offres d'emploi. Ceci étant dit, il faut garder à l'esprit que notre test n'a duré que 20 jours, ce qui est une période évidemment insuffisante pour décrocher un emploi cadre.
Pour les recruteurs la logique n'est pas la même : une Cvthèque moins exploitée peut être aussi le gage d'une moins forte concurrence entre recruteurs et donc de candidats plus disponibles.
Dernier point : le présent test ne présume en rien de la qualité des annonces que les sites peuvent publier par ailleurs et donc de leur intérêt dans la recherche d'emploi d'une manière globale.

