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Le recrutement sur Second Life

E-recrutement

Nous en avons parlé ici même, Second Life est investi par de plus en plus d'entreprises. Mais qu'est-ce que Second Life ?

C'est ce que l'on un Métavers, c'est-à-dire un univers virtuel immersif en 3D. Créé en 2003, Second Life permet à chacun de vivre une « seconde vie » où tout est possible. En mai 2007, TMP Worldwide a lancé une grande opération de recrutement sur Second Life pour diverses entreprises (e-bay, Microsoft, HP?). Aujourd'hui, le concept est lancé en France avec plusieurs grandes entreprises. Le cool et le speed recruiting sont déjà dépassés, place au v-recruiting (virtual-recruiting).

Un concept Me-We Génération

Second LifePourquoi tant d'engouement de la part des entreprises autour de cet univers ? On peut se demander en effet pourquoi certaines enseignes vont dépenser jusqu'à 23 000 euros pour une présence sur Second Life pour recruter.

Commençons par quelques chiffres. Second Life c'est plus de 4 millions de résidents sur les 7 millions inscrits en mai 2007. La France arrive troisième du classement du nombre d'utilisateurs, soit près de 40 000 avatars français actifs dans le metavers.

Sous forme d'avatar, chaque résident a la possibilité d'évoluer dans cet univers parallèle à la vraie vie et de réaliser ses rêves. Une véritable micro-économie s'est construite, avec pour monnaie le Linden Dollar, convertible en vrai dollars par la suite. Les résidents peuvent ainsi louer des locaux ou acheter une île, créer pour revendre? L'univers s'enrichit ainsi au jour le jour. Depuis 8 mois, la superficie virtuelle de Second Life a ainsi augmenté de près de 300%.

Parmi les habitants de Second Life, la génération Y ou me-we génération, représente plus de 65%. Cette génération, née avec un clavier sous les doigts (ou presque), présente une problématique indéniable pour les recruteurs. Elle est en effet « exigeante, déterminée et individualiste » selon Benjamin Chaminade.

La génération Y utilise d'abord Internet pour trouver du travail, bien avant les annonces presse. A l'époque du Web 2.0 et de l'esprit communautaire de ce média, on comprend pourquoi l'utilisation de Second Life pourrait inspirer les recruteurs.

Second Life vient donc s'ajouter aux sites emplois et autres options de communication des RH vers les candidats. C'est surtout le cas, semble-t-il, pour les profils NTIC. Et puis, on le répète souvent en ce moment, les ingénieurs sont difficiles à recruter.

Si l'on regarde de plus près les sociétés qui se sont implantées dans l'univers virtuel, la plupart ont des besoins dans ces domaines et particulièrement sur les profils techniques. Il semble que ceux-ci soient les plus à même de s'inscrire et d'évoluer dans Second Life. C'est d'autant plus flagrant pour BNP Paribas qui recherche des chefs de projets, des ingénieurs systèmes, des architectes techniques ou applicatifs.

De même, Vedior France a lancé sa première agence virtuelle via? Expectra, spécialiste des profils à hautes compétences (Informatique et Télécom, Ingénierie et Technologies industrielles entre autre).

Le recrutement via Second Life serait-il l'apanage des scientifiques ? Pas forcément. L'Oréal, présent sur le Neojobmeeting en juin, recherche des profils orientés communication et pas seulement des scientifiques. Et Aurélie Touchard, l'une des premières à avoir tenté sa chance et à avoir livré son expérience, recherche du travail dans le secrétariat (cf. Interview)

Une interface virtuelle pour décrocher un entretien réel

Nous n'avons, à ce jour, pas trouvé de compte-rendu sur la première vague de recrutement organisée aux Etats-Unis. Faut-il en conclure que l'on ne souhaite pas communiquer sur un échec ? Ou tout simplement qu'il s'agit avant tout d'un coup de publicité pour les enseignes présentes ?

Stand CapGeminiNous avons voulu voir de plus près ce qu'il s'y passait. Notre envoyée spéciale a joué le jeu pour passer un véritable entretien :

« Sans inscription préalable par le site du Neojobmeeting, je me suis télétransportée sur l'île de TMP Neo construite pour l'occasion. Un bâtiment central permet aux candidats de venir se renseigner sur le recrutement. J'y ai rencontré un membre de l'équipe qui a accepté de me joindre au groupe des candidats. Les entretiens ne commençant qu'à 16h, j'ai parcouru un peu l'île : 6 bâtiments consacrés chacun à une société participante. Plus un kiosque presse Métro? désert !

Sans aucun rendez-vous programmé, j'ai atteint le bâtiment de L'Oréal. A peine arrivée, une 'Loréalienne' m'accueille et me fait asseoir pour discuter en messagerie instantanée. Durant 20 minutes chrono, cette recruteuse me demande ce que je recherche puis embraye sur mes connaissances linguistiques et ma motivation pour venir chez L'Oréal.

Entretien chez L'OréalLangage SMS et fautes d'orthographe sont au programme. On sent bien que l'entretien doit être bref. Lorsque mes réponses comprenaient 3 lignes, la recruteuse me demandait de patienter. Les questions s'avéraient au final peu nombreuses. Mon impression : 20 minutes de chat ne remplacent pas 20 minutes de dialogue en face à face.

Autre particularité : elle n'avait pas mon CV sous les yeux. Elle notait les réponses puis a récupéré mon nom d'avatar pour faire le lien avec mon CV après coup. Je serais peut être convoquée à un entretien de recrutement ultérieurement.

Malgré le potentiel annoncé de ces entretiens, je ne peux me dégager d'un sentiment de légèreté. En dépit de l'actualité brûlante en matière de fautes d'orthographe chez les cadres, l'avatar de mon interlocuteur ne semblait pas trop s'en préoccuper.

Quelques conseils pour un recrutement dans Second Life :

N'attendez pas le dernier moment pour créer votre personnage. En effet, un apprentissage est requis pour s'adapter à la navigation et l'utilisation des outils. Il serait dommage de se mettre à voler devant un recruteur, même si c'est totalement virtuel !

Faites attention à l'orthographe. Pour certains cela n'est pas pris en compte mais pour d'autres oui cela est déterminant. Même si l'on est dans un monde virtuel, le recruteur est bien réel derrière son avatar. Il vaut mieux donner une première bonne impression.

Si l'on peut trouver intéressant de ne pas être soumis au filtre du CV qui vous écarte a priori, les questions restent creuses, classiques. Le recruteur semble prendre un peu plus soin de vous par ce biais qu'en vous faisant remplir un formulaire de candidature spontanée (acte particulièrement pénible s'il en est).

Rien ne différencie l'acte de candidature spontanée de cet entretien sur Second Life puisque aucune réponse de plus ne vous est accordée. L'entretien se solde en effet par un «On vous recontactera le cas échéant !». On aurait pu espérer d'un tel dispositif un peu plus de transparence que dans le monde réel ! »

Quant au succès de l'opération, TMP Neo a annoncé 700 présélectionnés. Nous avons eu l'impression qu'il y avait en effet pas mal de monde sur l'île (une soixantaine de personnes à 17h). Pourtant, une discussion entre une recruteuse et un organisateur nous a appris que la majorité du flux de candidat était venu le premier jour. De plus, accepter des candidats qui n'étaient pas inscrits au préalable - comme notre envoyée spéciale - semblait plutôt une bonne idée. Le v-recrutement attire mais peut-être pas autant qu'espéré.

Ce genre de recrutement offre-t-il un véritable avantage si les recruteurs doivent tout de même récupérer les CV et proposer un autre entretien dans la vie réelle ? Finalement ce job meeting s'apparente à du speed-recruiting en ligne qui permet ? certes ? un premier contact mais qui ne se substitue pas au recrutement réel.


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