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Dossier Réseaux sociaux et cooptation

Réseaux sociaux

Selon une étude de l'APEC publiée en 2004, deux emplois sur trois sont pourvus sans jamais faire l'objet d'aucune publicité. L'efficacité d'une recherche d'emploi repose donc en grande partie sur les moyens d'accès à la bonne information : celle qui permettra de préciser ou de valider un projet professionnel, d'anticiper une opportunité d'ouverture de poste, ou de s'adresser à la bonne personne, au bon moment.

Internet est l'un de ces outils d'accès à l'information. Le réseau relationnel en est un autre. Pour une entreprise, ces deux modes de recrutement peuvent apparaître concurrents dans leur philosophie :

  • En diffusant des informations sur Internet (site corporate, site RH, communiqués repris par les dépêches des sites d'actualité...), elle favorise la visibilité de l'information et la constitution d'un large vivier de candidats.
  • Au travers de réseaux relationnels, l'information ne parvient qu'à un nombre restreint de candidats potentiels, mais qui sont théoriquement mieux ciblés

Aucun des deux modèles n'est totalement satisfaisant : la libre circulation de l'information génère un grand nombre de candidatures parasites qui représentent un traitement coûteux, tandis que le recrutement par réseau prend le risque de faire l'impasse sur des candidats pertinents. D'où l'idée de mixer les deux systèmes pour ne garder que le meilleur de chacun d'entre eux : utiliser la puissance du média pour simplifier la diffusion de l'information tout en s'appuyant sur des intermédiaires humains pour cibler un public « utile ».

La transcription des réseaux relationnels dans le monde virtuel a d'abord touché la sphère intime (Netfriends, Copains d'avant) avant de s'étendre au monde des affaires. Ils y ont pris tout leur sens : celui de réseaux construits sur la confiance. Schématiquement, les sites dits de « social networking », comme Viadeo ou 6nergies reposent sur deux principes :

  • Toute demande de mise en relation doit transiter par un réseau commun liant demandeur et destinataire.
  • Ces réseaux sont qualifiés par l'acceptation réciproque du lien entre deux participants.

Conçus initialement pour les décideurs économiques, qui y trouvent clients, fournisseurs, investisseurs ou partenaires industriels, ces sites ont été largement investis par les candidats, qui y cherchent l'employeur de leurs rêves. Sur Viaduc, plus de 7 membres sur 10 déclarent lors de leur inscription vouloir « identifier de nouvelles opportunités de carrière ».

Côté candidat, l'entretien et le développement d'un réseau social nécessitent un véritable investissement pour se révéler efficaces. Investissement dans le soin apporté à sa présentation, dans le ciblage et la personnalisation des demandes de mises en relation, dans le « retour d'ascenseur » etc. Le réseau n'est donc pas la « baguette magique » qui permettrait de contourner la concurrence sur le marché de l'emploi, mais un outil au service d'une stratégie patiente qui doit porter ses fruits.

Côté employeur, si l'utilisation des réseaux sociaux limite les risques du recrutement (confiance dans la recommandation des membres de son réseau, meilleure connaissance des candidats?), elle ne permet pas d'en élargir la base au-delà des candidats actifs sur le réseau. Face à cette difficulté et à la volonté des recruteurs de toucher les candidats passifs (qui par définition fréquentent peu les sites emploi classiques), est apparue l'idée de réseaux sociaux spécifiquement dédiés à la cooptation. Deux d'entre eux sont apparus en octobre 2005 : Cooptin et JobMeeters.

Publié par Keljob, Cooptin constitue une transcription sur Internet du principe de cooptation largement répandu dans certains secteurs d'activités (comme les SSII) : lorsqu'un poste se libère, l'entreprise en diffuse le descriptif auprès de son carnet d'adresses (salariés, partenaires?), charge à eux de le répercuter auprès de candidats ciblés ou de personnes susceptibles d'en connaître. Une fois des candidats identifiés, ceux-ci font remonter leurs CV par la même chaîne de cooptation, qui les qualifient en rédigeant des recommandations.

Le fonctionnement du système est assuré par l'intéressement des coopteurs : ceux qui auront permis le recrutement d'un nouveau collaborateur empochent une prime définie à l'avance. Dans ce modèle, l'utilisation du média Internet est un démultiplicateur, l'utilisation de l'e-mail facilitant la circulation rapide de l'information.

S'il s'inscrit dans ce modèle général d'intéressement et de chaîne de recommandations, JobMeeters prétend renouveler le genre en permettant à tout internaute de devenir coopteur (voir interview ci-contre).

Face à l'émergence des services de cooptation, le danger pour le candidat serait de croire qu'il ne peut qu'être passif et attendre que les offres ciblées ne lui arrivent. Cela doit au contraire l'inciter à soigner son réseau personnel, à croiser les expériences pour faire évoluer et valider son projet professionnel, et à faire connaître ce projet.